L’idée qui va donner naissance à Clio R.S.16 germe un soir d’octobre 2015, lors d’une séance de brainstorming organisée au siège de Renault Sport Cars. Le Directeur général Patrice Ratti a réuni ses plus proches collaborateurs avec l’objectif de faire émerger de nouveaux projets, notamment pour célébrer le quarantième anniversaire de Renault Sport.

Au cours de la discussion, l’ingénieur Christophe Chapelain s’appuie sur son expérience du rallye pour affirmer qu’un châssis de Clio serait tout à fait en mesure d’encaisser les performances d’une mécanique de 300 ch. De fil en aiguille, l’idée d’une Clio R.S. aux performances exceptionnelles fait son chemin.

« Tout en nous remémorant l’impact obtenu avec Clio V6, nous avions envie de réaliser un concept-car technique aux performances décoiffantes, mais plus réaliste en matière de coût. Il fallait donc rester proche de la réalité et recourir à des solutions simples et ingénieuses pour parvenir à un véhicule potentiellement homologable. De plus, nous voulions que ce projet soit intégralement développé au sein de Renault Sport », rappelle Patrice Ratti. « En théorie, une Clio R.S. équipée de notre moteur le plus performant – le 2.0 turbo de 275 ch – était séduisante, mais il fallait vérifier plus sérieusement la faisabilité de cette greffe. En moins d’un mois, une petite équipe a réalisé une pré-étude confirmant qu’il était possible de loger ce moteur sous le capot. Nous avons alors décidé avec Thierry Landreau, Directeur technique de Renault Sport Cars, de prendre le pari de faire cette voiture. Nous avons confié la coordination globale du projet à François Ratinet, qui a animé l’équipe ‘commando’ que je supervisais. »

Michael van der Sande, alors Directeur du Marketing Monde de Renault, est également emballé par l’idée. Renault étudie son retour en Formule 1 et Clio R.S.16 constituera une nouvelle démonstration du renforcement des liens entre la compétition et la série. Fin décembre, Renault donne son feu vert.

« Sans révéler tous nos secrets, je peux vous dire que nous aurons une belle surprise pour ceux qui viendront au Grand Prix de Monaco. Ils pourront découvrir comment Renault Sport fait le lien entre la piste et la route. »

Jérôme Stoll – Président de Renault Sport – 3 février 2016
Conférence de lancement Renault Sport Formula One Team

Il est décidé que Clio R.S.16 sera révélée au public le vendredi 27 mai 2016, dans le cadre du Grand Prix de Monaco. Cette date butoir conditionne une bonne partie du projet, qui doit donc être mené à bien en seulement cinq mois !

« Pour ce projet, les ingénieurs de la compétition ont apporté de nouvelles méthodes de travail. Avec une date immuable en contrainte principale, nos équipes ont su s’affranchir des itérations qui ont habituellement cours pour la conception d’une voiture de série, tout en conservant le même niveau de qualité et de performances. À l’avenir, notre ambition sera d’utiliser cette expérience pour concevoir d’autres voitures un peu folles, qui nous aideront à exacerber notre savoir-faire tout en explorant de nouvelles voies pour le futur. »

Patrice Ratti – Directeur général de Renault Sport Cars

Une équipe commando

Dès les premiers jours de janvier, une équipe d’une dizaine de personnes est constituée chez Renault Sport. Le dossier est confié à la cellule Avant-Projet, au sein du Centre de Réalisation des Prototypes.

« Le postulat était de concevoir un véhicule 100% Renault Sport, équipé du moteur le plus performant de la gamme », expose Laurent Doré, responsable du département prototypes. « L’objectif était parfaitement ciblé, mais la première difficulté concernait les délais, extrêmement serrés. Nous avons constitué une équipe composée d’experts issus de Renault Sport Cars et Renault Sport Racing. Ce petit ‘commando’ a été placé sous la responsabilité de Maurizio Suppa, un ingénieur spécialisé dans la conception de prototypes. »

Tout en bénéficiant de son autonomie, la cellule Avant-Projet peut en effet compter sur les multiples savoir-faire réunis sur les sites des Ulis et de Viry-Châtillon (Essonne). Aussitôt, le projet reçoit l’adhésion et l’enthousiasme de l’ensemble des collaborateurs impliqués.

De multiples défis à relever

Au-delà du temps imparti pour mener à bien sa tâche, la cellule Avant-Projet identifie rapidement les défis majeurs posés par le cahier des charges. En premier lieu, il s’agit de positionner correctement le moteur, la boîte de vitesses et le système de refroidissement issus de Mégane R.S. 275 Trophy-R.

Avec un couple de 360 Nm, cette mécanique impose de revoir les suspensions du groupe motopropulseur. Pour ce faire, les équipes font preuve d’ingéniosité en combinant et adaptant des pièces issues des Mégane, Kangoo et Espace de série.

Afin d’assurer un refroidissement optimal, un important travail de simulation est mené en collaboration avec les designers chargés de repenser la face avant du véhicule. Ces calculs sont aussi destinés à définir des réglages qui permettront de conserver la tenue de route irréprochable caractéristique de Renault Sport.

Autre élément déterminant dans les performances, l’échappement doit être revu pour satisfaire aux besoins de débit du moteur. Sans modifier le parcours de la ligne sous la caisse, la perméabilité accrue permet aux motoristes d’atteindre leurs objectifs. L’acoustique n’est pas oubliée : à l’issue des essais sur piste, Clio R.S.16 reçoit un silencieux à double sortie Akrapovič, dont la sonorité est particulièrement flatteuse.

S’il ne s’agit pas du point le plus visible, l’électronique donne aussi matière à réflexion, car les systèmes de Mégane R.S. 275 Trophy-R et Clio R.S. ne reposent pas sur la même architecture. Pourtant, les données du moteur sont indispensables au bon fonctionnement de l’ABS ou de l’ESP, et vice-versa. Le défi est relevé en intégrant une passerelle logicielle dans le calculateur de Mégane R.S. 275 Trophy-R, qui assure le dialogue avec les systèmes de Clio.

Des trains roulants à la hauteur du potentiel

Présent chez Renault Sport depuis 35 ans, Pascal Auffrère est sollicité pour la conception du train avant : « On m’a confié ce projet car je connais la ‘maison’ depuis presque toujours. Après avoir travaillé sur les voitures de rallye jusqu’au milieu des années 90, je suis passé à la série au moment où nous avons lancé la conception de Clio II Renault Sport. Le projet Clio R.S.16 était exaltant, car il fallait aller extrêmement vite pour sortir une voiture aux performances exceptionnelles. C’est bien simple, je ne pensais plus qu’à ça ! Lors des recherches et études sur un train avant capable d’encaisser les contraintes liées à la puissance et au couple, notre connaissance de ce qui existait déjà chez Renault Sport nous a permis de gagner du temps. Nous sommes repartis du train avant à pivot indépendant, pour lequel nous avons dessiné un nouveau porte-fusée. Taillée dans la masse, cette belle pièce en aluminium nous a permis d’obtenir les épures de suspension souhaitées et de nous aligner avec le positionnement de la direction. »

L’amortissement de Clio R.S.16 reprend les combinés ressort-amortisseurs à cartouche coulissante de Mégane R.S. 275 Trophy-R. La provenance est identique pour le système de freinage, composé de disques en acier de 350 mm montés sur des bols en aluminium.

« Globalement, nous avons cherché à reprendre les innovations qui avaient été introduites avec Mégane R.S. 275 Trophy-R », souligne Maurizio Suppa. « Par exemple, nous avons utilisé la batterie lithium-ion, qui permet de gagner une quinzaine de kilos et de la place dans le compartiment moteur ! »

La conception du train arrière s’avère beaucoup plus simple, puisqu’il est issu de Clio R3T, la version rallye de Clio R.S. « Conformément à la réglementation de la FIA, nous partons de la pièce de série, qui est renforcée par de multiples cloisons mécano-soudées. Pour répondre aux contraintes des rallyes sur terre les plus cassants, nous augmentons la rigidité en roulis de plus de 50%. Nous sommes donc certains de son efficacité dans le cadre d’un usage routier sur Clio R.S.16 », détaille Christophe Chapelain.

Un autre défi majeur se pose lorsqu’il s’agit de loger les roues de 19 pouces dans une carrosserie qui a été conçue pour des 18 pouces… La solution consiste à découper légèrement les ailes, qui vont ensuite recevoir des élargisseurs en matériau composite.

Évidemment, cette base technique doit être contenue dans un écrin à la hauteur des ambitions de Renault Sport. Influant largement sur les performances et le refroidissement, le design de Clio R.S.16 prend toute son importance.

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