Après une belle domination auréolée des titres en 1992, Williams-Renault est sous pression pour réussir le doublé l’année suivante. Et c’est loin d’être gagné : le duo de pilotes est entièrement renouvelé, avec Alain Prost qui remplace le champion sortant Nigel Mansell et l’essayeur Damon Hill qui est promu. L’interdiction des aides au pilotage et de la suspension active a également nécessité une revue complète du célèbre châssis FW14B motorisé par Renault.

L’année commence plutôt bien, Prost s’offrant la pole position de chaque Grand Prix jusqu’au Canada. Les courses sont toutefois plus disputées et Senna représente une menace bien réelle. Les trois victoires de chacun lors des six premières courses pimentent le championnat, avant que Prost ne s’envole avec quatre victoires consécutives à la mi-saison. Tranquillement, la nouvelle recrue Damon Hill monte en puissance et obtient son premier succès à la mi-août, au Grand Prix de Hongrie. Williams consolide ainsi sa position de leader et la deuxième couronne chez les constructeurs n’est alors plus qu’une question de temps.

Chef d’équipe à l’atelier de montage, Régis Ramauge a travaillé sur les deux monoplaces du garage Williams en 1993. Il se souvient de son arrivée en Belgique avec Prost et Williams près du titre : « Spa était un classique, même au début des années 1990. Avec ces virages fluides et rapides, vous deviez être courageux. L’Eau Rouge pouvait seulement se négocier à fond si vous aviez la bonne voiture, mais le risque d’accident n’était jamais loin. Chaque excursion hors piste avait de graves conséquences. Lors des essais du vendredi, Alex Zanardi avait eu un gros crash qui avait mis un terme à sa saison. »

« Nous sommes arrivés à Spa assez sûrs de nos chances. Alain avait eu une course difficile à Budapest en raison de problèmes mécaniques, mais il était alors proche du titre malgré la concurrence de Senna en début de saison. Williams avait à nouveau construit la meilleure voiture et elle fonctionnait en parfaite harmonie avec notre moteur. »

« Deux semaines auparavant, Damon avait signé son premier succès en Hongrie. Durant cette saison, il avait été très impressionnant en passant du rôle d’essayeur à pilote de course assez facilement. Il était très bien préparé, avait beaucoup roulé et connaissait bien l’équipe. »

« Nous sommes donc arrivés à Spa sur ce magnifique tracé avec une certaine pression. Beaucoup de collègues de Viry avaient fait le déplacement ainsi qu’une grosse délégation de Renault. Côté piste nous savions que la concurrence allait être rude pour Alain. Damon bien sûr mais aussi Ayrton Senna et un certain Michael Schumacher. »

« Nous avons obtenu la pole position assez facilement, comme à toutes les courses jusqu’ici. Au départ, Alain conservait la tête face à Ayrton et Damon. S’il était loin d’être à l’aise avec tous les systèmes électroniques sophistiqués de la voiture, il n’était pas appelé ‘Le Professeur’ pour rien. Il pilotait en faisant fi de ses inquiétudes et pouvait créer l’écart quand c’était nécessaire. Il semblait avoir la maîtrise de la course avant son second stop, où un arrêt lent l’a fait passer derrière Damon. »

« Damon héritait de la tête, et Alain était relégué au troisième rang derrière Schumacher. Il tentait de reprendre la deuxième place, mais avec le titre si proche, il choisissait de conserver sa position. Damon tenait bon pour s’imposer, sa deuxième victoire de l’année, mais aussi la 50e de Renault en F1. C’est un beau chiffre, mais c’est amusant, je ne me rappelle pas qu’il y ait eu beaucoup de célébration autour de cela à l’époque. J’ai l’impression que du fait de notre domination dans les années 1990, nous savions que ce chiffre serait atteint assez rapidement. »

« Néanmoins, l’important était d’avoir remporté le championnat des constructeurs avec ce résultat. Cela démontrait que nous avions encore conçu une voiture fantastique avec Williams. Damon allait récidiver en Italie deux semaines plus tard, et Alain scellait son quatrième titre au Portugal dans la foulée. Cela avait pris un peu plus de temps que l’année précédente, mais au final, nous avions ce que nous voulions. »

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