Coup de projecteur sur Karine Vassant

C’est une femme dans un milieu d’hommes. Elle est fraîche et naturelle, son sourire est communicatif. Rencontre avec cette passionnée de sports automobiles, au curriculum vitae déjà bien rempli, l’électronicienne du Team Lotus, Karine Vassant.

Quel est ton parcours ?

Un long parcours ! (Rires)
J’ai commencé en rallye en fait, en WRC avec Peugeot sport. Je suis restée dans cette discipline pendant 6 ans. J’ai commencé en 2002, mais j’ai connu des titres et c’était bien sympa !

De qui t’occupais-tu ?

J’ai commencé avec Gilles Panizzi sur asphalte et je m’occupais aussi de Harri Rovanpera sur terre. Ensuite ça a pas mal tourné, il y a eu évidemment Markus Gronholm. Mais j’ai eu la chance de travailler avec pas mal de pilotes différents.

J’ai commencé un peu à travailler sur le développement de la 908…puis j’ai quitté Peugeot Sport pour une expérience de Rallye avec les japonais de Suzuki Sport, puis bref passage chez Pescarolo Sport pour découvrir l’endurance et les 24H du Mans…

J’ai ensuite créé ma société, et par le biais d’un client comme Magneti Marelli, j’ai pu faire un peu de FIA GT et d’ALMS aux Etats-Unis... En fait j’essaie de mettre des croix dans des cases… J’ai fait une fois le Dakar grâce à Overdrive et il me restait la Formule 1 à découvrir.
Je suis à la retraite l’année prochaine! (Rires)
Non, j’aimerais essayer de faire plusieurs saisons dans cette discipline.

Pourquoi le passage du rallye au circuit ?

C’est une question d’opportunité, j’ai toujours envie de découvrir de nouvelles choses, je suis une passionnée de sport automobile. Et j’aime me faire une idée sur ce qui existe à côté, me forger une nouvelle expérience. En fait, j’aime bien apprendre tout le temps. Du coup, il ne faut pas hésiter à changer.

Par rapport au rallye, la F1 est complètement différente. Quels sont les points communs ?

C’est vrai, c’est totalement différent. Mais la base reste la même. Il y a toujours un moteur, des roues, une boîte de vitesse. Il y a toujours des cartographies, de ce point de vue, c’est très semblable. Ensuite, c’est plus sur l’organisation de l’événement, du championnat que les changements sont les plus importants. Il faut s’adapter aux nouveaux softs et aux outils que l’on utilise en fonction du championnat ou de l’équipe. La base, elle, ne change pas.

Quand es-tu arrivée chez Renault Sport F1 ?

C’est très récent, je suis arrivée en janvier. Donc ça a été super vite. On va dire que la formation, c’était pendant les essais privés de février : c’était une formation intensive ! J’étais en doublon avec un autre électronicien lors des essais privés. Bon j’ai pu quand même m’appuyer sur mes expériences précédentes. De plus, je pense que je m’adapte assez facilement. Le gros du travail : il s’agissait surtout d’apprendre le système M.E.S..

Quel est ton rôle ?

C’est un peu l’intermédiaire entre l’ingénieur moteur et la voiture. Donc, c’est être le garant dans un premier temps de tout ce qui est bout de fil. Tout ce qui est capteur. Il faut aussi être garant de toute la partie PC informatique d’un peu tout le monde, de l’organisation. La grosse partie de mon travail c’est le chargement de la cartographie dans les voitures, le contrôle de la télémétrie, la vérification des données. Cette dernière partie se fait chez nous, chez l’ingénieur motoriste, et chez les mécaniciens aussi, nous y sommes tous impliqués.
Ma grosse responsabilité est le chargement des cartographies et la vérification de la voiture. En gros, s’il y a une boulette, c’est moi ! (Rires)

De quelle voiture t’occupes-tu ?

Des deux ! On a de la chance, les électroniciens : on est sur 2 voitures à la fois. C’est un peu l’appréhension, gérer deux voitures en même temps. Parfois, c’est un peu difficile, on ne met pas les mêmes cartographies dans l’une et dans l’autre. C’est dans ces phases-là qu’il faut faire attention : c’est une gymnastique à avoir.

As-tu l’occasion d’échanger avec les pilotes ?

Au niveau de mon travail, non, ce n’est pas mon rôle. Mais au niveau humain il y a quelques échanges qui se passent très bien. C’est vrai que Jarno Trulli et Heikki Kovalainen sont des pilotes très sympathiques.

Est-ce difficile d’être une femme dans un milieu d’hommes ?

Ça dépend avec qui. En général, moi je m’en suis jamais plaint. C’est plutôt un avantage. Ils sont plus prévenants, ils font plus attention. Et puis, je dirai que le seul petit souci qu’il peut y avoir c’est de l’appréhension par rapport à certains hommes qui vont se dire « Attention, est-ce qu’elle va s’en sortir ? » C’est une appréhension un peu machiste, on va dire…

Femme et jeune, c’est pire, non ?!

(Rires) Oui, là c’est mort, il va falloir faire ses preuves !

Comment s’est déroulée ton intégration dans l’équipe ?

Super bien ! Je pense que chez Team Lotus on a une équipe fantastique. Humainement, ça se passe très bien. C’est une nouveauté d’avoir une fille dans l’équipe technique ! Et puis, je suis du genre à m’intégrer assez facilement. Ça se passe parfaitement de mon côté.

Comment gères-tu ces multiples tours du monde ?

Forcément, ce n’est pas évident pour la vie privée. Mais je crois qu’on est tous comme ça. On est content de rentrer à la maison comme on est content de repartir. On a besoin de fonctionner comme ça. Moi, j’adore les voyages, j’adore bouger, je ne peux pas rester en place. Donc, aujourd’hui je ne peux pas faire autre chose !

As-tu des enfants ?

Non, je crois que le jour où j’en voudrais, il faudra que je mette tout ça de côté. Mais il faut que je me calme avant. (Rires)

Le milieu de la F1 est-il conforme à ton imagination ?

Je ne me suis pas encore fait un avis sur tout. C’est encore trop récent. Ce n’est que la première course. En fait, j’imaginais la F1 un peu comme ça. Je retrouve de la rigueur, comme il y en a en rallye aussi. Et moi, j’aime bien. Mais j’attends d’en voir plus pour me forger un avis plus précis.

Qu’est ce que ça fait la première fois que l’on entre dans le paddock ?

C’est génial ! Quand on débute, quand on décide de faire du sport auto, on pense toujours à la F1. C’est un peu l’objectif ultime. On se dit tous « Quand je serai en F1, c’est un peu l’aboutissement d’une carrière en sport auto. » Le rallye aussi, c’est fantastique. Mais je suis très heureuse et fière d’avoir mis des croix partout !

Qui t’a donné cette passion ?

Ce sont des amis. Et moi toute seule comme une grande ! (Rires)

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