De la Formule Renault à la F1, côté ingénieur !

La Formule Renault Eurocup n’est pas seulement un tremplin vers la F1 pour les pilotes. À 24 ans, Damien Turlay, ingénieur data chez Tech 1 Racing, a remporté la finale européenne de l’INFINITI Engineering Academy, qui explore les convergences, synergies et partages de technologies au sein de l’Alliance Renault-Nissan. Nous l’avons rencontré avant qu’il n’effectue sa transition.

Pour sa quatrième édition, le programme international de détection lancé par INFINITI et Renault Sport Formula One Team mettait en jeu un stage exceptionnel d’un an à sept heureux élus à travers le monde.

Quel est votre parcours ?

Après une école préparatoire technologique en région parisienne, j’ai rejoint l’École Centrale de Lyon. Depuis mon enfance, je suis la F1 et j’ai tout fait pour m’orienter vers le sport automobile. J’avais participé au Formula Student, mais Tech 1 Racing m’a offert ma première vraie expérience professionnelle dans cet univers lors de mon stage de fin d’études.

J’ai débuté comme ingénieur data juste avant l’ouverture de la saison 2017 à Monza. Chaque monoplace dispose d’un ingénieur de course et j’étais le cinquième homme dans le sens où je travaille en support de toutes celles de l’équipe. J’aidais également de façon plus manuelle sur la voiture de Thomas Maxwell en pitlane.

Comment avez-vous eu connaissance de l’INFINITI Engineering Academy ?

Je me renseigne souvent sur les postes disponibles ou les graduate programmes des écuries de F1. Renault a lancé ce programme annuel en partenariat avec INFINITI et comme j’ai découvert la F1 à l’époque où Fernando Alonso commençait à battre Michael Schumacher, c’est forcément là où je voulais être ! J’ai vu sur internet que les inscriptions s’ouvraient en mars et j’ai envoyé un CV et une lettre de motivation tout en répondant à quelques questions…

Comment s’est passée la sélection ?

Lors de l’inscription, il y avait des questions sur le sport automobile, les connaissances et la personnalité. Parmi les candidatures en Europe, ils en ont retenu cinquante pour des entretiens sur Skype avant de choisir dix personnes pour une finale de deux jours à Enstone. Ce processus était exactement le même dans sept régions géographiques.

Quelles étaient les épreuves ?

Nous avons été soumis à des épreuves totalement différentes pendant deux jours. Par exemple, nous devions modifier par groupes de cinq une voiture télécommandée avec des réglages mécaniques ou moteurs avant de faire une course contre l’autre équipe. Il y avait des défis à accomplir seuls, en binômes ou à cinq, mais aussi un entretien avec un ingénieur Renault Sport Formula One Team, un ingénieur Infiniti et Tommaso Volpe, directeur monde d’INFINITI Motorsports.

Tout ne reposait pas uniquement sur les compétences techniques. Il y avait ainsi le media challenge, où les juges nous interrogeaient en anglais devant un parterre de journalistes européens pour étudier nos réactions et notre façon de gérer les questions. Certaines portaient sur notre vision à dix ans de l’industrie automobile ou sur l’incident entre Vettel et Hamilton à Bakou. Il fallait donc analyser la situation et répondre très diplomatiquement et pragmatiquement comme si nous étions un team manager ! Selon les résultats et notre manière de travailler, le jury a ensuite choisi le vainqueur.

Étiez-vous surpris de l’emporter ?

J’étais déjà surpris de passer l’entretien sur Skype ! En finale, mes adversaires avaient tous des expériences incroyables, une spécialité et une particularité : l’un était ingénieur de course en F4, un autre avait effectué une année dans la dynamique des véhicules chez Williams, une dernière faisait des matériaux composites et une thèse sur une fusée…

Je me voyais dans la course, mais au moment de l’annonce, je me demandais qui ils choisiraient sans même penser que cela allait être moi ! J’étais vraiment étonné parce que j’avais passé deux jours aux côtés de concurrents vraiment compétents et cela se voit sur une petite vidéo !

Connaissez-vous vos futures missions ?

Nous allons passer six mois chez INFINITI Motor Company au Nissan Technical Center de Cranfield, puis six mois chez Renault Sport Formula One Team à Enstone.

Au fil du temps, ils nous aideront à choisir des projets en fonction de leurs opportunités et de leurs besoins. J’ai fait un peu de dynamique véhicule à Centrale, mais beaucoup de domaines m’intéressent énormément. Je ne veux pas me fermer de porte, car je n’ai pas vraiment de spécialité et cela va être vraiment intéressant de découvrir de nouvelles choses.

Comment vous êtes-vous préparé ?

C’était très difficile de se préparer spécifiquement, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre ! J’ai décortiqué toutes les vidéos des finales précédentes pour tenter de voir ce qui pouvait nous attendre… Cela n’a pas été très fructueux ! Hormis cela, j’ai effectué des révisions basiques : du vocabulaire technique en anglais - car je n’ai travaillé qu’en français jusqu’à maintenant - les bases de l’aérodynamique, de la mécanique et des formules qu’un ingénieur est amené à utiliser.

Que vous a apporté votre passage en Formule Renault Eurocup ?

Je pense que le jury ne recherchait peut-être pas forcément des compétences techniques, mais des personnes aptes à travailler en groupe et à s’adapter à des situations inattendues… L’expérience trackside m’a véritablement aidé avec tout le pragmatisme que cela apporte : il faut être prêt à faire face à tout, à être dans l’improvisation et à toujours prendre la bonne décision en travaillant avec les compétences de chacun pour les faire fonctionner ensemble.

Le fait d’avoir baigné dans la compétition automobile professionnelle est également un petit plus et offre probablement une méthode de travail reconnue. C’était une belle expérience chez Tech 1 Racing. Aux côtés de Simon et de Sarah Abadie, j’ai pu en apprendre énormément dans une bonne ambiance. Je ne crois pas que j’aurais pu y arriver sans cela et je tiens à les remercier d’avoir été si compréhensifs. En fait, l’entretien Skype a eu lieu durant une séance d’essais collectifs au Hungaroring ! J’étais resté dans le motorhome après en avoir demandé l’autorisation à Florent Gouin, le directeur technique. Enfin, la finale s’est déroulée entre deux meetings qui s’enchaînaient : Nürburgring et Red Bull Ring. Arnaud Cholley, le responsable de catégorie, s’est arrangé avec les vols et les transferts. Toute l’équipe m’a soutenu et ils étaient vraiment contents pour moi !

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