Sacrée chez les équipes en 2012, 2015 et 2016, Josef Kaufmann Racing a mené Robin Frijns, Stoffel Vandoorne et Lando Norris au titre en Formule Renault Eurocup. Cette année, Sacha Fenestraz est actuellement en tête du classement général et tentera de les imiter. Quelle est le secret de la réussite de cette structure familiale ? Rencontre avec Josef et Lars Kaufmann !

Plus tôt dans l’année, nous avions présenté deux écuries engagées en Formule Renault Eurocup chapeautées par d’anciens pilotes. Lui-même pilote en F3, Josef Kaufmann était aussi derrière le volant au moment de lancer sa structure, désormais gérée de concert avec son fils Lars !

Quatre décennies de succès

« Je pilotais encore quand j’ai commencé à construire une équipe prenant forme en 1982 avec Gerhard Berger et Arie Luyendyk à mes côtés », se rappellait Josef Kaufmann. « J’ai raccroché le casque en 1984. Un an après, nous remportions notre premier titre en F3 allemande avec Volker Weidler (vainqueur des 24 Heures du Mans en 1991) ! »

« Nous sommes arrivés en Formule Renault dans le cadre du championnat allemand entre 1991 et 1993. Nous avons gagné d’entrée, avant de nous reconcentrer sur la F3 puis la Formule BMW avec succès. Après l’arrêt de cette dernière, la F3 devenait onéreuse. J’ai alors préféré la Formule Renault, une catégorie solide, relevée et professionnelle. Nous avons commencé en remportant le titre avec Robin Frijns en 2011. Ce n’était pas un mince exploit ! »

La méthode Kaufmann

« Avant de nous rejoindre, Gerhard Berger n’avait aucune expérience et il était en F1 deux ans plus tard ! », se réjouissait-il en évoquant ses anciens pilotes. « Stoffel Vandoorne et Nico Hülkenberg étaient également spéciaux, tout comme Robin Frijns, titré trois années de suite, dont deux avec nous. D’autres comme Frank Biela, Esteban Gutierrez, Marco Wittmann, Adrien Tambay, Christian Vietoris, Timo Scheider ou Sébastien Buemi connaissent de belles carrières. Et je suis convaincu que Lando Norris sera le prochain à aller en F1 ! »

« Le seul secret est de leur apprendre à exploiter correctement la voiture », ajoutait Lars. « Nous restons concentrés sur la piste, libre à eux de s’entourer de structures qui peuvent les aider à progresser physiquement ou mentalement. »

« Après tant d’années, nous savons qu’il faut pour offrir la meilleure voiture aux meilleurs pilotes », précisait Josef. « Je n’aurai jamais la prétention de dire que nos réglages sont parfaits, mais certains paramètres attirent les talents. Il n’y a plus qu’à comprendre leurs besoins et les convaincre de faire les bons choix, comme ne pas passer directement de la F4 à la F3. Nous n’avons plus qu’à leur inculquer comment manier leur monoplace et travailler sur les données... Et même si je me fais vieux, je sais trouver les mots, j’ai aussi été un pilote de quinze ans ! »

« Je n’aurai jamais la prétention de dire que nos réglages sont parfaits, mais certains paramètres attirent les talents... Et même si je me fais vieux, je sais trouver les mots, j’ai aussi été un pilote de quinze ans ! »

Une structure familiale

« Dès mes débuts, mon équipe a toujours été une structure plus ou moins familiale puisque mon frère était à mes côtés », détaillait Josef Kaufmann. « Lars est venu nous aider à seize ans pour ensuite nous rejoindre à temps plein après ses études en 2002. »

« Aujourd’hui, mon père gère l’aspect technique et je m’occupe de ce qui est lié au management, à la logistique et à l’organisation », poursuivait Lars Kaufmann. « Sur les circuits, je suis ingénieur data et il est ingénieur de piste. En parallèle, la moitié de l’équipe est présente depuis plus longtemps que je ne puisse m’en souvenir ! »

« Certains me côtoient depuis quarante ans », enchaînait Josef. « Je les ai vus progresser pour le bien de l’équipe. Désormais, ils savent tous ce qu’ils doivent faire et c’est plus dur avec des effectifs importants ! Voilà aussi pourquoi je n’ai jamais voulu aller plus haut que la F3 malgré certaines propositions. C’est beaucoup plus simple en Formule Renault grâce à la maîtrise des coûts, au beau calendrier et à l’organisation professionnelle… Les risques sont maîtrisés et je suis de toute façon trop vieux pour en prendre ! (rires) »

C’est beaucoup plus simple en Formule Renault grâce à la maîtrise des coûts, au beau calendrier et à l’organisation professionnelle… Les risques sont maîtrisés et je suis de toute façon trop vieux pour en prendre ! (rires) »

« Refuser de s’engager dans tout ce qui peut échapper à tout contrôle est une bonne philosophie en sport automobile et dans la vie ! », résumait Lars. « Notre organisation nous permet d’employer tout le monde à temps plein. Ils vivent tous à moins de quinze kilomètres de l’atelier de Wolsfeld et la communication est toujours claire comme nous sommes tous allemands ! »

« Ce n’est pas forcément un choix », relativisait Josef. « Néanmoins, le mal du pays peut interrompre prématurément des relations de travail et je ne veux pas de cela. Paradoxalement, nous sommes l’équipe la plus internationale puisque jamais un de nos compatriotes n’a piloté chez nous en Formule Renault ! »

2017 : victoire à Monaco et titre en vue

« Pour l’heure, tout se déroule comme prévu en 2017 », confiait Lars. « Dès nos premiers essais hivernaux avec Sacha, cela a été facile de travailler avec lui. Il est à l’écoute, régulier en qualifications et il commet peu d’erreurs en course. C’est la clé pour remporter un championnat aussi disputé. C’était d’ailleurs fantastique de gagner à Monaco ! Dans le bureau de mon père, il y a la photo d’une deuxième place au Grand Prix de F3 1997. Je lui avais dit que nous avions peut-être une chance de prendre notre revanche vingt ans plus tard ! »

« Jusque-là, nous avions tenté sans succès de nous imposer à Monaco, mais les erreurs coûtent cher, surtout sur ce circuit… », concluait son père. « De manière générale, nous essayons toujours d’être au sommet, mais rien n’est jamais acquis. Cette année, cinq ou six pilotes sont capables de gagner le titre. Nous connaissons d’autant plus nos rivaux que nous avons déjà travaillé avec Max Defourny et Robert Shwartzman, mais nous sommes confiants en nos chances avec Sacha. »

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